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DENSITÉ EN CŒUR DE VILLE : ENTRE RÉINTERPRÉTATION DE L’EXISTANT ET NOUVEAUX MODES DE VIE

Notre projet rue Hannapier vise à redynamiser le rapport de la rue et de la propriété privée en explorant les modalités de l’habitat urbain. Les exigences contemporaines en la matière sont en effet le produit de critères apparemment inconciliables : nécessaire densification du tissu urbain, sauvegarde de l’espace privé. La recherche d’une urbanité renouvelée et diversifiée doit ainsi aboutir à l’association subtile du « vivre ensemble » et du « vivre chez soi ». Notre travail se situe à la croisée de ces critères : de la planification urbaine à la construction de logements, il s’agit d’ « architecturer l’urbanité », en réponse aux aspirations de la ville européenne : « faire société ». Il faut penser l’espace public autour de ce qui constitue une spécificité des villes : favoriser la rencontre des uns et des autres dans les lieux qu’ils fréquentent. L’intérieur d’un vaste îlot existant est retravaillé en strates successives, du logement collectif sur rue jusqu’à la maison individuelle en fond de parcelle. Ces séquences font s’alterner bâti, jardins privés ou communs, et offrent un parcours multiple de traverses où l’espace public pénètre de la rue vers un intérieur d’îlot protégé.

De la rue au logement, une succession d’espaces de transition.

L’objectif est d’individualiser le collectif. Les traverses, les coursives et les escaliers extérieurs jouent sur la dialectique espace public/espace privé, offrant la possibilité à l’habitant d’accéder à son logement depuis la rue. Ils prolongent une habitude propre à l’habitat individuel au sein d’un ensemble collectif.

La négociation entre espace public et espace privé passe ainsi par de fines gradations (terrasses, balcons plantés, jardins communs) qui favorisent les échanges humains, pour se rapprocher sans se déranger.

La coursive.

Elle constitue un élément primordial du programme. Visible depuis la rue à travers le maillage vertical des lames de bois, elle prolonge l’espace public jusqu’aux seuils des logements. Le filtre qui s’intercale et fait façade permet un recul par rapport à la rue, ses potentielles nuisances sonores et visuelles. Côté rue, il crée un rythme dynamique.

Trois séquences de bâti.

Il s’agit dans un premier temps de tenir la rue, conformément aux règles du PLU. Le premier bâtiment répond à cette nécessité : il déploie une façade de 40 m très homogène, et superpose les niveaux pour accueillir un nombre optimal de logements : 16 appartements sur 4 niveaux. Une faille interrompt cette première ligne de bâti : véritable percée visuelle, elle est aussi une respiration architecturale. Le volume décroché posé sur pilotis permet en rez-de-rue d’accéder au parking souterrain ; l’accès aux logements est possible depuis une entrée de la rue, discrètement perceptible au travers d’un maillage d’acier.

Une seconde séquence qui s’élève en R1 au milieu de l’îlot s’intègre à une structure en acier existante. Là encore, le bâti offre une ligne rationnelle et aérée : un passage est crée pour éviter une trop forte densité visuelle, faire porter le regard jusqu’au fond de la parcelle.

La dernière séquence compte 3 maisons individuelles en R1, qui se glissent dans la structure arrondie d’un amphithéâtre existant.

Du studio à la maison individuelle.

Les 27 logements se répartissent ainsi :

- la première ligne de bâti compte :

.4 T4 en rez-de-rue : appartements de plain-pied qui s’ouvrent au sud sur de spacieuses terrasses. Côté rue, une façade de pierre sèche s’inspire des matériaux privilégiés pour la construction des échoppes. Les portes accédant aux logements sont en métal noir ; ce contraste des tons et des matières rythme la façade

.4 T3 en R1 et R2, qui disposent de balcons en porte-à-faux sur la façade sud. Ces volumes en saillie multiplient les zones ombragées.

.4 T2 en R2, petites maisons en zinc posées sur le toit. Chaque appartement dispose d’une terrasse individuelle.

Un volume décroché, supporté par des pilotis, accueille en rez de rue l’entrée du parking souterrain ; deux logements sont aménagés en R1 et R2 (un T2 et un studio). Une toiture végétalisée permet de récupérer les eaux de pluie.

- la seconde ligne de bâti se situe en vis-à-vis de la façade sud. Vis-à-vis adouci par la présence d’un bac planté, et par l’aménagement de terrasses individuelles qui permettent un recul du bâti et ouvrent sur cet espace végétal. L’ancienne halle, dont le projet conserve la structure apparente, présente une charpente en treillis. Dans ce volume existant viennent se loger :

. 2 T2 et 1 T1 en rez de chaussée

. 2 T3 en R1.

La façade nord fait s’alterner briquette noire et verre. Un système de persiennes coulissantes en aluminium permet de réguler la luminosité des appartements en R1. De larges baies vitrées assurent en effet un ensoleillement maximal, et donnent sur le jardin intermédiaire. La façade sud observe un léger retrait par rapport à la structure originelle en métal, retrait qui permet de prolonger l’espace passant entre les lignes de bâti et d’aménager un nouvel espace de transition, de l’espace public à l’espace privé : deux escaliers accèdent aux logements en R1.

Une maison individuelle (T4) qui bénéficie d’une triple orientation s’élève à partir des murs mitoyens existants ; séparée de la seconde ligne de bâti, elle ouvre une percée visuelle sur le dernier ensemble d’habitations.

- celui-ci se compose de 3 maisons individuelles (T4) juxtaposées, dont la façade et le jardin privatif sont orientés au nord. Alternance horizontale de briquette noire et de bois, ligne de façade tenue par ces volumes de briquette noire et les balcons privatifs, autant de formes et de matières qui entrent en forte cohérence avec les lignes de bâti précédentes. Les 3 maisons viennent s’insérer dans le volume existant d’un ancien amphithéâtre, et présentent des toitures courbes.

Réhabiliter l’existant.

Le tissu existant mêle habitat bordelais tradionnel (échoppes) et hangars industriels. Sur le site même du projet s’élève une ancienne halle dont nous avons réhabilité la structure métallique : elle accueille 5 logements. Les 3 maisons individuelles qui s’élèvent en fond de parcelle prennent elles aussi acte de l’existant : leur volume épouse l’arrondi d’un ancien amphithéâtre. Il s’agit de penser l’habitat urbain contemporain comme un prolongement rationnel du tissu architectural existant.

Un projet de ville.

L’intérieur de l’îlot s’harmonise entre lignes de bâti et espaces végétalisés (bac planté qui permet une véritable respiration entre le premier bâtiment et le second ; espace vert de pleine terre le long du tracé est de la parcelle, jardins privatifs des maisons individuelles), longés par des circulations piétonnes qui prolongent l’espace urbain. La distribution rationnelle de ces différentes séquences, le parti pris d’une architecture variant les échelles (du R1 au R3 en façade rue) tout en déclinant comme un leitmotiv les matériaux et les volumes, réalisent la cohérence tant intérieure qu’extérieure de l’îlot. Les circulations intérieures désenclavent la parcelle, et font de cette intervention un projet de ville, au-delà de préoccupations strictement relatives à la densification urbaine.


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